La décision de Venise d’inscrire « DAU » d’Ilya Khrzhanovsky à la compétition officielle de sa 83e édition a suscité des critiques formelles d’institutions ukrainiennes, relançant le débat sur la manière dont les grands festivals traitent les œuvres liées à la Russie pendant la guerre en Ukraine. Ce récit s’appuie sur les informations de Variety.
Dans une déclaration commune du 17 août, les ministères ukrainiens des Affaires étrangères et de la Culture, ainsi que l’ambassade d’Ukraine en Italie, ont affirmé que le projet était lié à des réseaux d’influence de l’État russe. Le directeur artistique de Venise, Alberto Barbera, a rejeté cette caractérisation, déclarant que « DAU » n’était ni un film russe ni de la propagande pro-Poutine. Khrzhanovsky a nié tout financement russe et affirmé soutenir l’Ukraine.
Variety inscrit ce différend dans le contexte d’un retour plus large de cinéastes nés en Russie et en exil sur les principales scènes festivalières: « Short Summer » de Nastia Korkia a été récompensé à Venise, « Minotaur » d’Andrey Zvyagintsev a remporté un prix à Cannes, et « Holly Wood Dust » de Victor Kossakovsky doit être présenté hors compétition à Venise.
Évaluation de l’impact
Venise fait face à un examen immédiat des fondements de sa décision de programmation, tandis que les représentants ukrainiens disposent d’une sélection précise à contester. Pour Khrzhanovsky, la place en compétition accroît la visibilité de « DAU », mais place aussi les questions de financement et d’association politique au cœur de sa réception.
Pour les professionnels russes du cinéma en exil, les prix internationaux et les avant-premières peuvent ouvrir l’accès aux grandes scènes festivalières. Mais ces possibilités pourraient dépendre de plus en plus de la capacité des artistes et des projets à démontrer leur indépendance vis-à-vis de l’État russe. Au cours de l’année à venir, les festivals pourraient subir des pressions pour expliquer plus clairement comment ils évaluent le financement, la nationalité et les liens politiques des candidatures contestées.
Scénarios
Nos perspectives (spéculation éclairée):
Le plus probable: Si les responsables des festivals continuent de distinguer les cinéastes individuels de l’activité culturelle soutenue par l’État russe, les grands festivals programmeront au cas par cas certains réalisateurs nés en Russie et en exil au cours des six à douze prochains mois. Cela préserverait l’accès aux compétitions internationales, tout en faisant des explications sur l’origine des projets un élément récurrent des décisions de programmation. De nouvelles sélections, récompenses et déclarations publiques sur l’indépendance conforteraient cette trajectoire; un revirement de Venise ou des règles d’exclusion plus larges l’affaibliraient.
Scénario favorable: Si les festivals mettent en place des vérifications cohérentes, avant les annonces, concernant le financement et l’indépendance de la production, les cinéastes en exil pourraient concourir selon des critères plus clairs, tandis que les institutions ukrainiennes disposeraient d’une voie définie pour contester des liens démontrables avec l’État. Cela pourrait orienter les ressources vers des dossiers de financement transparents et réduire les différends après l’annonce des sélections. La publication de critères de sélection et de divulgations de financement propres à chaque projet constituerait un signe de progrès.
Scénario défavorable: Si les accusations entourant « DAU » ou des projets similaires s’intensifient sans que des preuves publiques convaincantes permettent de les trancher, les festivals pourraient réduire les invitations adressées à des films liés à la Russie, indépendamment de l’exil d’un artiste ou de son opposition déclarée à la guerre. Cela réduirait les possibilités de diffusion et inciterait les programmateurs à éviter les projets contestés. Des retraits, des invitations refusées ou de nouvelles contestations institutionnelles iraient dans ce sens.
À surveiller ensuite
La question immédiate est de savoir si Venise continuera d’inscrire et de projeter « DAU » en compétition. Il faudra également suivre les éléments de preuve ou les réfutations propres au projet concernant le financement du film et ses liens présumés avec des réseaux étatiques, ainsi que la question de savoir si les futures sélections, dans les grands festivals, de cinéastes nés en Russie ou en exil s’accompagneront d’explications plus claires sur leur indépendance politique et financière.
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