Ce qui a changé
Ce compte rendu s’appuie sur un reportage de BBC News. Le Canada, dirigé par le Premier ministre Mark Carney, a mis en vigueur cette semaine des droits de douane de rétorsion sur certains produits américains, alignant les taux sur les droits américains de 50 % sur l’acier et l’aluminium et visant le contreplaqué, les vis et les produits ménagers américains, notamment les appareils électroménagers et les meubles.
Le président Donald Trump a menacé de relever de 25 % à 50 % les droits de douane américains sur les voitures, camions et pièces canadiennes le 1er janvier 2027. Le Canada n’a pas répliqué à ce taux automobile proposé, bien qu’un droit de douane canadien de 25 % sur certains véhicules américains soit en vigueur depuis l’an dernier.
Pourquoi c’est important
Les droits de douane ne relèvent pas seulement de la politique frontalière. Ils constituent un problème d’approvisionnement qui finit par se répercuter dans une salle d’exposition, un devis de construction ou le plan d’approvisionnement d’un détaillant.
Les mesures canadiennes immédiates rendent moins compétitifs les produits ménagers et les intrants de construction d’origine américaine. Les importateurs peuvent changer de fournisseurs, accepter des marges plus faibles ou augmenter les prix. Les constructeurs disposent de moins d’options indolores lorsque la liste des produits concernés inclut le contreplaqué et les vis qui permettent d’assembler un projet. Si les produits de substitution sont limités et que les coûts plus élevés persistent, les budgets de logements neufs pourraient augmenter et les projets à la marge pourraient devenir plus difficiles à justifier.
Le risque le plus important concerne l’automobile. La production de véhicules nord-américaine franchit les frontières à plusieurs reprises; un droit de douane américain de 50 % sur les véhicules, camions et pièces canadiens ne pénaliserait donc pas nettement un seul côté de la frontière. Selon le reportage de la BBC, les concessionnaires ont absorbé une grande partie des coûts antérieurs, mais cette marge de manœuvre s’amenuise. Si le taux annoncé entre en vigueur, les véhicules neufs moins chers pourraient se raréfier, tandis que la demande et les prix des voitures d’occasion pourraient bénéficier d’un nouvel appui.
Nos perspectives (spéculation éclairée): à court terme, les acheteurs de produits ménagers concernés devraient détourner une partie de leurs achats des fournisseurs américains, tandis que constructeurs et concessionnaires répartiront le fardeau douanier entre marges et prix. La pression s’accentuera si les droits de douane restent en place suffisamment longtemps pour remodeler les contrats et les approvisionnements.
Comment les effets pourraient se propager
Les droits de douane canadiens augmentent le coût rendu des matériaux et produits américains concernés. Les importateurs et constructeurs canadiens peuvent rechercher des produits de substitution nationaux ou non américains, absorber le coût ou le répercuter.
Ce choix dépasse l’importateur. Si les constructeurs ne peuvent pas remplacer les intrants d’origine américaine et peuvent intégrer les coûts dans les contrats ou les prix de vente, les projets de logements neufs pourraient coûter davantage au cours des prochains mois. Dans le cas contraire, certains projets pourraient présenter une rentabilité plus faible. Parallèlement, les exportateurs américains de produits ménagers pourraient perdre de la demande canadienne si les acheteurs trouvent des solutions nationales.
La chaîne peut se rompre si l’offre alternative s’accroît, si les entreprises acceptent des marges plus faibles ou si les deux gouvernements négocient un recul.
Évaluation des répercussions
- Entreprises canadiennes de construction: exposées dès maintenant. Les intrants de bois et de métal frappés de droits de douane augmentent les coûts d’approvisionnement, imposant un choix entre les marges et les prix des projets.
- Acheteurs canadiens de logements: exposés au cours des six à 12 prochains mois. Des coûts de construction plus élevés pourraient se répercuter sur les prix des logements neufs si les constructeurs ne peuvent pas remplacer les intrants ou absorber la hausse.
- Exportateurs américains de produits ménagers: désavantagés dans les prochaines semaines. Les droits de douane peuvent rendre leurs produits moins attrayants face aux alternatives canadiennes.
- Fournisseurs canadiens de produits ménagers: pourraient gagner en demande si les acheteurs se détournent des importations américaines frappées de droits de douane, à condition de disposer de capacités et de prix compétitifs.
- Concessionnaires automobiles américains: soumis à une pression croissante au cours des six à 12 prochains mois. Si le droit de douane automobile annoncé de 50 % est imposé, leur capacité à continuer d’absorber les coûts pourrait s’affaiblir.
Scénarios
Le plus probable. Si les mesures canadiennes restent en vigueur, si des alternatives sont disponibles pour certains produits et si les États-Unis n’imposent pas immédiatement le taux automobile de 50 %, les importateurs et les détaillants détourneront une partie de leurs achats des produits américains concernés. Les constructeurs et les concessionnaires partageront d’abord le coût par des marges réduites et des hausses de prix ciblées. Les signes à surveiller seraient une offre accrue de produits ménagers non américains, des devis plus élevés pour les intrants de construction concernés et l’absence de mise en œuvre immédiate de droits de douane automobiles.
Scénario favorable. Si les deux gouvernements concluent un accord douanier avant janvier 2027, l’approvisionnement deviendra plus prévisible pour les constructeurs canadiens et les exportateurs américains, et les concessionnaires conserveront davantage de marge pour proposer des véhicules moins chers. Des réductions formelles de taux, des exemptions, la suspension des contre-droits canadiens ou le retrait de la proposition américaine sur l’automobile soutiendraient cette trajectoire.
Scénario défavorable. Si les États-Unis imposent le taux de 50 % et que les entreprises concernées ne peuvent pas remplacer les intrants transfrontaliers, les fabricants pourraient se concentrer sur les véhicules à plus forte marge, tandis que les concessionnaires augmenteraient plus volontiers leurs prix. Une disponibilité plus limitée de véhicules neufs bon marché pourrait orienter davantage d’acheteurs vers le marché de l’occasion, tandis que les budgets de construction subiraient une pression supplémentaire. La mise en œuvre du taux de 50 %, un accent plus marqué sur les véhicules de luxe, les VUS et les camionnettes, ainsi que la hausse des prix des voitures d’occasion indiqueraient cette direction.
La dernière fois que cela s’est produit
En 2018, le Canada a imposé des droits de rétorsion sur des produits américains après l’instauration de droits américains sur l’acier et l’aluminium canadiens. La similitude est évidente: des droits sur les métaux ont déclenché un ensemble plus large de mesures de rétorsion dans des chaînes d’approvisionnement nord-américaines étroitement intégrées.
La différence importante réside dans l’ampleur et la portée. Les précédents taux américains étaient de 25 % pour l’acier et de 10 % pour l’aluminium; le différend actuel comprend des taux de 50 % sur les métaux, des produits ménagers et une menace de droits de 50 % sur l’automobile. Le règlement précédent coïncidait également avec des incitations liées à la ratification de l’ACEUM, qui pourraient ne pas exister aujourd’hui.
Un reportage de l’AP décrit les précédentes mesures de rétorsion, et le Guardian a rapporté que les États-Unis et le Canada étaient convenus en mai 2019 de mettre fin aux droits sur les métaux et aux contre-droits canadiens. Cela montre que ces mesures peuvent être levées par la négociation. Cette fois-ci, il faudra observer si la liste élargie de produits et la menace sur l’automobile rendent un règlement plus difficile ou plus urgent.
Ce qu’il faut surveiller ensuite
- La question de savoir si les États-Unis imposent officiellement, reportent, remplacent ou retirent les droits de douane annoncés de 50 % sur les voitures, camions et pièces canadiens d’ici au 1er janvier 2027.
- La question de savoir si le Canada maintient, étend, suspend ou retire ses droits de douane de rétorsion sur les produits américains.
- La question de savoir si les détaillants et les constructeurs changent de fournisseurs, font état de coûts plus élevés pour les intrants concernés ou répercutent ces coûts sur les prix des produits ménagers et des logements neufs.
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