Ce qui a changé
D’après un reportage d’Al Jazeera, un nouveau dossier explicatif retrace la manière dont la classification coloniale a rigidifié les identités hutu et tutsi au Rwanda et au Burundi, les reliant ensuite aux luttes pour le pouvoir, la terre et l’appartenance. Il revient sur le génocide de 1994 contre les Tutsi, au cours duquel le tribunal de l’ONU a estimé que 800 000 à un million de personnes avaient été tuées en 100 jours, et explique pourquoi l’identité et la citoyenneté restent étroitement liées au conflit dans l’est de la République démocratique du Congo.
Pourquoi c’est important
La leçon essentielle est que les étiquettes peuvent devenir des instruments politiques. Lorsque la citoyenneté, la terre et l’appartenance sont envisagées à travers des catégories identitaires figées, un différend local peut porter le poids de l’histoire de toute une région.
Cela compte parce que les conséquences ne touchent pas seulement les personnes qui font valoir des revendications. Les habitants sont exposés à l’insécurité; des familles peuvent perdre leur logement et leurs moyens de subsistance à cause des déplacements; les autorités locales héritent de différends dans lesquels de simples décisions administratives peuvent être perçues comme des enjeux existentiels. Le récit du rapport sur l’arrivée de plus d’un million de réfugiés rwandais dans ce qui était alors le Zaïre à la fin de 1994 rappelle avec force que les frontières ne suffisent pas à contenir une crise fondée sur l’appartenance.
Évaluation de l’impact
Les habitants de l’est de la RDC restent exposés lorsque les différends sur la citoyenneté, la terre ou l’appartenance s’intensifient. L’effet indirect se fait sentir dans la vie quotidienne: les gens peuvent éviter des lieux, des emplois et des réseaux qui leur paraissent soudain dangereux.
Les familles déplacées ont le plus à perdre si l’insécurité franchit de nouveau les frontières. La violence peut transformer un différend politique en pertes immédiates de logement, de moyens de subsistance et de soutien local.
Les autorités chargées des différends relatifs à la citoyenneté et à la terre disposent d’un levier particulièrement important. Si elles parviennent à instaurer des mécanismes crédibles pour régler les revendications, la compétition pourra se déplacer vers l’administration et la politique; si ces mécanismes échouent, les revendications identitaires pourront servir à mobiliser des soutiens et à aggraver les risques.
Scénarios
Le plus probable: Notre perspective (spéculation éclairée): l’identité et la citoyenneté resteront au cœur des différends politiques et sécuritaires locaux dans l’est de la RDC au cours des 6 à 12 prochains mois, car les liens signalés entre la terre, l’appartenance et le conflit restent actifs tant qu’un règlement local durable ne les modifie pas. Ce scénario se renforce si les différends continuent de se concentrer sur la citoyenneté, la terre ou l’appartenance, et s’affaiblit si des institutions reconnues règlent ces questions.
Scénario favorable: Si des dispositifs crédibles répondent aux revendications relatives à la citoyenneté et à la terre et que les communautés concernées les acceptent, davantage de différends pourraient être traités par des voies politiques ou administratives au cours des 6 à 12 prochains mois. Cela réduirait la portée sécuritaire de la mobilisation fondée sur l’identité. Ce scénario se renforce si des procédures reconnues règlent les différends sans violence, et s’affaiblit si ces différends continuent de coïncider avec des déplacements.
Scénario défavorable: Si la compétition politique ou sécuritaire utilise de plus en plus l’identité, la citoyenneté et l’appartenance comme facteurs de mobilisation, l’insécurité et les déplacements pourraient s’étendre au-delà des parties directement impliquées au cours des 6 à 12 prochains mois. Ce scénario se renforce si des acteurs armés ou politiques invoquent plus souvent ces revendications et si la violence provoque des déplacements transfrontaliers; il s’affaiblit si les acteurs adoptent plutôt des dispositifs locaux négociés.
Ce qu’il faut surveiller ensuite
- Les différends documentés dans l’est de la RDC portant explicitement sur la citoyenneté, la terre ou l’appartenance.
- Les déplacements transfrontaliers consécutifs à une nouvelle dégradation de la sécurité dans la région des Grands Lacs.
- Les processus locaux ou nationaux concrets visant à régler les différends relatifs à la citoyenneté ou à la terre.
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